Le wampum
Michel Fournier
avec l'aide inestimable de Normand Tremblay
Quand nous parlons de wampum (terme algonquin), on réfère historiquement aux perles tubulaires de coquillages qui servaient à la fabrication de colliers, de bracelets, de ceintures et de branches, chez les peuples autochtones du nord-est de l’Amérique. Avec le temps, le terme wampum a servi à désigner aussi les objets fabriqués de perles de coquillages.
Contrairement à la croyance populaire considérant ces objets comme de simples parures, les wampums avaient une importance inestimable pour beaucoup de nations autochtones, car les colliers fabriqués avec ces perles servaient d’objets religieux, d’outils diplomatiques et même de monnaies d’échange avec les européens. Les nations algonquines de la côte est de l’Amérique du Nord étaient historiquement les producteurs de wampums car ils avaient accès à la matière première, soit les coquillages marins. Ceux-ci étaient cassés et les morceaux étaient triés et polis par frottement sur des pierres dures. Les formes tubulaires ainsi obtenues étaient par la suite percées avec des aiguilles ou un poinçon de pierre (voir illustration). Traditionnellement, les objets faits de wampum étaient composés de perles violettes et de perles blanches. Les perles violettes provenaient de moules quahog (Mercenaria mercenaria) et les blanches de buccins (Buccinum undatum). Par la suite, les perles pouvaient être enfilées sur un tendon de cervidés ou incorporées dans un tissage.
Dans sa correspondance, Jacques Cartier relate l’utilisation de d’autres espèces de coquillages par les nations iroquoiennes, comme la moule d’eau douce Unio ventricosus et Lampsilis cardium pour fabriquer le wampum.
Lampsilis cardium
Mercenaria mercenaria
Buccinum undatum
Sur le plan diplomatique, l’échange de colliers ou de ceintures wampum était le signe incontestable d’un accord lors de discussions entre deux nations. Le gardien des wampums d’une tribu se devait, en plus d’assurer leur protection, les présenter régulièrement en rappelant les accords conclus lors de leurs échanges.
L’installation des européens sur le continent américain a introduit un intermédiaire entre les producteurs de perles de coquillages (les algonquins de la côte est) et les utilisateurs (les nations iroquoiennes des Grands Lacs). Les européens échangeaient divers produits avec les algonquins contre des perles de coquillages, qui servaient par la suite à acheter des fourrures des tribus iroquoiennes de l’intérieur du continent. L’arrivée des perles de verre perturba de beaucoup cette chaîne économique.
1 : COLLIER DE PERLES DE COQUILLAGES. Longueur: 31”. Le plus gros des petits disques a 1/4” de diamètre. Trouvé par H.T. Daniel en 1929 lors de fouilles près de Spiro en Oklahoma. Époque sylvicole : 1 000 ans. Collection du Musée de la Neufve-France.
2 : WAMPUM. Les wampums sont des colliers de perles fabriqués à partir de coquillages marins et montés le plus souvent sur des tendons de cervidés. Ils servaient d’aide-mémoire : ils rappelaient des idées ou des événements importants. Photographié dans WHO’S WHO in INDIAN RELICS. Ohio, 1 000 ans. Collection Musée de la Neufve-France.
3 : COLLIER DE PERLES de traite provenant du Fort Toulouse. Ce fort fut construit en 1717 au confluent de la rivière Coosa et de la rivière Tallapoosa, près de l’actuelle localité de Wetumpka en Alabama, afin de défendre les limites orientales de la Louisiane française. Collection du Musée de la Neufve-France.
Cordon de wampum
Date 1770-1850
Fait de palourde américaine (Mercenaria mercenaria), de conque à nodules (Busycon Carica); d’argent et de chanvre
Musée McCord, Montréal
Collier de wampum
Date 1760-1815
Fait de palourde américaine (Mercenaria mercenaria), de conque à nodules (Busycon Carica), de peau et de chanvre
Huron-Wendat de Wendake, Québec
Musée McCord, Montréal
Collier de wampum
Fin 18e à début 19e siècle
Fait de palourde américaine (Mercenaria mercenaria), de conque à nodules (Busycon Carica); de peau de cerf et de fibres de plante
Taillé, poli, percé et assemblé
Musée McCord, Montréal
Lithographie
Nicholas Vincent Tsawanhohi
Peintre Edward Chatfield (1802-1839)
Musée McCord, Montréal
POINÇON en cuivre natif. Wisconsin, 6000ans.
Musée de la Neufve France de Ste-Flavie
Note : Normand Tremblay est le fondateur du Musée de la Neufve France de Ste-Flavie, Québec
http://www.vieuxmoulin.qc.ca/Musee/collections.htm
Pour en savoir plus :
- L’Encyclopédie canadienne : https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/wampum
- André Vachon, Colliers et ceintures de porcelaine chez les Indiens de la Nouvelle-France, vol. Les Cahiers des dix, n° 35, 1970. p. 260. Pour lire l’article en ligne :
- Musée McCord Stewart, Musée d’histoire sociale de Montréal










